? La douleur de Lucile, ma m?ere, a fait partie de notre enfance et plus tard de notre vie d'adulte, la douleur de Lucile sans doute nous constitue, ma s?ur et moi, mais toute tentative d'explication est vou?ee ?a l'?echec. L'?ecriture n'y peut rien, tout au plus me permet-elle de poser les questions et d'interroger la m?emoire.
La famille de Lucile, la n?otre par cons?equent, a suscit?e tout au long de son histoire de nombreux hypoth?eses et commentaires. Les gens que j'ai crois?es au cours de mes recherches parlent de fascination ; je l'ai souvent entendu dire dans mon enfance. Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l'?echo inlassable des morts, et le retentissement du d?esastre. Aujourd'hui je sais aussi qu'elle illustre, comme tant d'autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence.
Le livre, peut-?etre, ne serait rien d'autre que ?ca, le r?ecit de cette qu?ete, contiendrait en lui-m?eme sa propre gen?ese, ses errances narratives, ses tentatives inachev?ees. Mais il serait cet ?elan, de moi vers elle, h?esitant et inabouti. ?
Dans cette enqu?ete ?eblouissante au c?ur de la m?emoire familiale, o?u les souvenirs les plus lumineux c?otoient les secrets les plus enfouis, ce sont toutes nos vies, nos failles et nos propres blessures que Delphine de Vigan d?eroule avec force.
Le Prix Roman France T?el?evisions est attribu?e ?a Delphine de Vigan pour Rien ne s'oppose ?a la nuit en 2011.